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Seymour

Antoinette Ohannessian / Erica Baum / Bruno Persat / Gareth Long / Lenka Clayton / Julien Crépieux / Moyra Davey / Joseph Grigely / Chitti Kasemkitvatana / Benoît Maire / Benoît-Marie Moriceau / William Wegman / Holden

Exposition - Centre d'art

  • Vernissage : 20.06.2014
  • Date de début : 21.06.2014
  • Date de fin : 19.10.2014

Acceptez, je vous prie, ce bouquet sans prétention de parenthèses précoces : (((()))).

J.D. Salinger, Seymour, une introduction, 1959

 

Seymour est le fils aîné de la famille Glass. Ses six frères et sœurs s’appellent Buddy, Boo Boo, Walt, Waker, Zooey et Franny, ses parents, Bessie et Les. Imaginée par l’écrivain J.D. Salinger (1919 – 2010), l’histoire de cette famille est racontée dans huit nouvelles publiées pour la plupart dans le magazine The New Yorker entre 1948 et 1965. Personnage central de la saga, Seymour n’apparaît pourtant que de façon indirecte, fragmentée et non chronologique à travers les lettres et les récits rapportés par ses frères et sœurs. On apprend ainsi son suicide à 31 ans lors de sa lune de miel dès la première nouvelle de la série, Un jour rêvé pour le poisson banane, tandis que la dernière nouvelle publiée par Salinger de son vivant en 1965 consiste en une longue lettre écrite par Seymour alors âgé de sept ans.

« Licorne rayée de bleue, miroir ardent à double lentille, génie-conseil, conscience portative » pour ses frères et sœurs, « mystique », « déséquilibré » ou « personnalité schizoïde » pour d’autres, Seymour apparaît en décalage constant avec son environnement et son époque. « Paranoïaque à l’envers », affirmant être trop heureux pour assister à son propre mariage, son personnage « ne prête à aucun raccourci littéraire ». Il incarne toutefois la figure d’un anti-héros romantique, tour à tour fantasque et désespéré, dont la recherche de bonheur, de grâce et de spiritualité ne peut s’accomplir dans la superficialité du monde qui l’entoure. A travers Seymour et les membres de la famille Glass, Salinger évoque ainsi sans affectation l’adolescence et son désenchantement devant la perte de l’innocence de l’enfance. Au-delà d’un certain mal-être, il traite également d’un besoin d’absolu, d’une quête existentielle face notamment à l’essor du mode de vie consumériste dans le New York d’après-guerre. Son intérêt personnel pour le bouddhisme zen transparaît d’ailleurs dans le personnage de Seymour, adepte de mysticisme oriental et de poésie chinoise et japonaise.

Conçue avec l’artiste Bruno Persat, l’exposition collective Seymour réunit en écho à ce personnage ambigu possédant « autant de caractéristiques particulières qu’il existe de variétés de sauces Heinz » des œuvres dans lesquelles sont évoqués certains des thèmes et des procédés narratifs qui parcourent la saga de la famille Glass tels que l’énigme du bonheur et la mélancolie, le spleen et l’idéal, la poésie et le jeu, l’adresse et la correspondance ou encore l’enchantement désespéré du quotidien.

Tout en sirotant un Tom Collins, on cherchera ainsi dans cette exposition le souvenir d’une retraite bouddhiste dans les montagnes du nord de la Thaïlande (Chitti Kasemkitvatana), des chiens menant une enquête policière entre deux parties de tennis (William Wegman), les images fragmentées d’une correspondance venue du passé (Moyra Davey), un ticket de caisse aux articles classés par ordre alphabétique (Lenka Clayton), des bambous, des flaques d’eau de 500 millilitres à jeter dans une rivière (Antoinette Ohannessian), des poèmes trouvés sur des cartes de bibliothèque (Erica Baum), le hasard et le savoir réunis sur une même toile (Benoît Maire), des extraits de conversations quotidiennes collées aux murs (Joseph Grigely), un jardin zen mathématique (Bruno Persat), un coucher de soleil domestiqué (Benoît-Marie Moriceau), des nuages du 19e siècle cristallisés en sel (Julien Crépieux), une bande-son à la géométrie métaphysique (Holden), le portrait aux lignes instables d’un des frères de Seymour (Gareth Long).