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Joseph Kieffer

Plancton Plastique, objet à danser, 2019. 100x100x200cm, fil de fer, perles en plastique fluorescent, système de contrepoids. Photographie : Naohiro Ninomiya

Je perçois le monde comme un immense champ d’énergie, où tout bouge en permanence et dans lequel on passe son temps à se rencontrer. C’est très complexe, très coloré, avec des transparences et des superpositions. Je suis profondément touché par la beauté de ces rencontres et j’essaie de les comprendre, alors je construis des stratagèmes cognitifs.

Mon activité s’organise autour de mon atelier et me propulse dans un éventail de directions. J’ai l’habitude de travailler sur plusieurs projets en même temps: de gros objets sculpturaux, des plus petits, des machines, des dessins, des poèmes autocollants, des objets utilitaires, des instruments de musique, des objets chorégraphiques… Chaque projet nourrit les autres, et alterner me permet de rafraîchir mon regard en permanence et de ne jamais m’ennuyer.

Le mouvement et le jeu sont mes principales préoccupations. J’utilise une multitude d’outils et de matières pour donner vie à des choses inanimées. Pour cela j’emploie souvent des techniques d’ingénierie, on parle alors de machine. Il s’agit d’articuler, de désarticuler, organiser, synchroniser ou déformer des objets et les idées qu’ils véhiculent. J’envisage la création comme un processus de recherche: un chemin sinueux, dont je pourrais emprunter simultanément les raccourcis et les prétendues fausses pistes. Cependant j’essaie de ne pas perdre de vue qu’une oeuvre doit être montrée pour exister et j’accorde beaucoup d’importance au public. Je voudrais lui partager quelque chose, un moment précis, dans lequel il serait aussi impliqué… Mes dernières sculptures sont «spectaculaires» dans le sens où elles se montrent, elles ont une intention, elles ont besoin d’entrer en dialogue avec les mouvements d’un humain pour exister pleinement. Mes automates sont littéralement «connectés» parce qu’ils sont munis de manivelles: c’est un moyen archaïque et simple d’impliquer l’humain dans l’oeuvre et de l’en rendre acteur. Ce faisant, on lui redonne son pouvoir de raconteur d’histoire.

Dans mes travaux je n’utilise pas ou très peu d’électronique et même le moins possible d’éléctricité. Je pense qu’un objet n’est pas «intelligent» uniquement parce qu’il est virtuellement connecté, et je crois qu’on peut parler de notre époque sans pour autant utiliser systématiquement ses derniers outils de langage. On n’a pas fini d’explorer les matériaux, ni leurs techniques de mise en oeuvre, ni les infinies possibilités narratives qu’ils contiennent encore.

Je suis passionné par tout ce qu’on peut sentir physiquement. Je suis aussi passionné par les oiseaux et leurs milliers d’uniformes, les lynx, les araignées à toiles géométriques, les arbres. J’aime l’architecture du corps humain. J’aime la sexualité des humains. Je suis gourmand de tout ce qui a une saveur. Je suis prêt à rire de tout, et à en pleurer tout autant. J’aime ce qui n’a pas d’âge, tout ce qui a fonctionné depuis longtemps et qui va continuer.

Et surtout :
Je voudrais témoigner de la beauté des gens, de la violence derrière et devant nous, des couleurs des émotions quand elles se mélangent, de la gravité, du compost, de ces ponts qu’on construit et qu’on détruit et qu’on reconstruit. Parce que la vie palpite devant mes yeux, extrêmement fort, j’en suis ébloui. Je voudrais témoigner de cette lumière aveu
glante, de ce fluide magique qui prend toutes les formes en même temps.
Pour ça, je cherche un art dirigé vers les enfants, les incultes, les vieux et les fous, ceux qui sont un corps autant qu’une tête. -Je cherche un art qui a des tripes, des mains, de l’humour et du coeur. Sincère, frais, nécessaire, brutal, gentil. J’essaie. 

Merci pour votre complicité. 

 

Joseph Kieffer