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Daniel Depoutot

Prix de la Caisse d’Epargne,1992

 

Depuis peu, une grange à Pfalzweyer sert d’antre à Daniel Depoutot et abrite ses dernières oeuvres. Ce lieu se prête aux représentations du théâtre intime de l’artiste orchestré par lui aux claviers d’un orgue muet. Réalisées au cours de son passage en Bourgogne ou exécutées depuis son retour en Alsace, ses sculptures présentent entre elles des analogies : mise en évidence du geste, inspiration de formes empruntées à l’art primitif, au Moyen Age mais aussi à l’imagerie de la bande dessinée. Recours au bois, matériau de prédilection, bois de scierie attaqué à la tronçonneuse et à la scie électrique, ou planche de rebut parfois associées à des tôles peintes. L’artiste laisse voir à dessein le grossier travail d’assemblage, réalisé à l’aide de chevilles de bois et de charnières métalliques. L’oeil d’abord retenu par la pauvreté et l’usure auxquelles fut soumis chacun des éléments, éprouve vite la sensation d’une harmonie, l’évidence d’une construction.

Ce sentiment est encore renforcé par l’utilisation de la couleur qui achève de donner une unité formelle à l’oeuvre. L’exigence du mouvement incite l’artiste à animer ses dernières sculptures par le truchement de moteurs électriques. Les divagations sur le thème du corps sont au centre des recherches plastiques de Daniel Depoutot. L’artiste en accentue à l’envi la représentation caricaturale : silhouettes difformes, disproportions monstrueuses, visages grotesques… Il est alors inévitable de se laisser prendre par l’aspect ludique des oeuvres. L’artiste se plaît ainsi à parodier la structure du triptyque et pousse l’irrespect jusqu’à dévoiler à l’ouverture des volets une femme nue. Le projet d’horloge astronomique sur lequel Daniel Depoutot travaille actuellement nous invite à approcher son oeuvre sous un autre angle : il n’hésite pas à son tour à se mesurer au thème de la danse macabre. Dans ses réalisations récentes, il introduit comme une dimension dramatique. A travers la représentation du mouvement perpétuel, il condamne parfois ses sculptures à une quête désespérée. Certaines oeuvres paraissent issues directement des Malheurs de la guerre de Jacques Callot ou du Charnier d’Otto Dix.

Daniel Depoutot serait prêt à associer au nom d’artiste le titre d’ingénieur, refusant de séparer art et technique. Il voue une admiration particulière à Vladimir Tatline, l’auteur du projet de Monument à la IIIème Internationale mais aussi le concepteur du vélocipède de l’air, le Létatline et conçoit lui aussi des machines chimériques.

L’activité qu’il déploie depuis quelques années dans des domaines aussi variés que la peinture, les performances et la sculpture vise en réalité à l’édification d’une oeuvre unique, solidaire en toutes ses parties et sous ses aspects les plus divers. La dernière série de sculptures exécutées par l’artiste témoigne de ce voeu. Tout concourt au spectacle comme par magie : le bruit, la lumière, le mouvement.

 

Sylvie LECOQ-RAMOND