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François Duconseille

Plasticien et scénographe
Formation à l’école du TNS de Strasbourg
A travaillé pour la télévision et a conçu une trentaine de décors de plateaux.
Engagé en 1994 pour l’atelier de scénographie de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg.

 

Le mardi 23 mars 1993, François Duconseille rédigeait un Manifeste à la gommette dont voici quelques extraits : “La gommette est un constituant à part entière de l’art. / La gommette est fruit. / La gommette ne cherche pas à être prise au sérieux. / La gommette nous regarde. / La gommette est dessin potentiel. / La gommette est écran qui dévoile. / La gommette soleil”. etc.

Cette liste, peut-être virtuellement infinie et ironiquement contradictoire, des activités et fonctions d’une banale pastille adhésive colorée est assez révélatrice de l’attitude très libre, jamais figée dans la contrainte ou la “pose” d’un style, qu’adopte François Duconseille face aux choses de l’art.

Avant d’avoir recours à la gommette, il a longtemps découpé dans des revues des contours d’objets ou d’êtres animés qui, une fois agrandis et réalisés en fourrure synthétique, moquette, bois ou matières plastiques compensaient leur appauvrissement représentatif par une étrange qualité de présence, d’autant plus énigmatique qu’elle était parfois attirante pour le toucher.

En même temps il n’hésitait pas à prendre insolemment à rebrousse-poil l’histoire de l’art avec un Urinoir qui ramenait la Fontaine de Duchamp de l’état de ready-made à celui d’une silhouette noire… peinte sur toile !

Lorsque, plus récemment, la spécificité de ces silhouettes fait place à la récurrence de formes circulaires, exécutées dans des matériaux toujours aussi divers, l’humour plastique de Duconseille revêt l’aspect d’une sorte de prestidigitation capable de transformer un objet en un autre : deux battants de bois deviennent, évidés, une échelle ; de subtiliser des fragments ou la totalité d’oeuvres célèbres (une nature morte de Chardin ou une sculpture de Picasso) reproduites en cartes postales ou encore de raconter des histoires d’hommes et de femmes par la seule combinaison de quatre éléments de plâtre tourné.

Désormais émancipés de tout objet référentiel ou de toute image prétexte, des disques de textiles multicolores s’empilent avec une souplesse presqu’animale tandis que des gommettes rondes ou rectangulaires composent une suite de tableaux, comme si par l’évidence naturelle de leurs agencements, ces atomes plastiques n’éludaient quelque signification univoque ou immédiate que pour nous suggérer, non sans une certaine dérision qu'”Une gommette peut en cacher une autre. / La gommette agace ? / La gommette, c’est peut-être toi”.

Paul Guérin

 

Prix de la Ville de Colmar en 1995