Mohammed El Mourid

    Né en 1966, accueilli en résidence à Séoul en 2011.

    « Je travaille à partir de différents médiums (vidéos, photographie, installation) et j’expérimente le rapport de l’image sérigraphiée ou photographique avec le support des peaux d’animaux, de blocs de laits congelés, de galets… Ces champs d’expérimentation m’ont d’abord amené à explorer des processus organiques orientés vers une fatale disparition (…) pour maintenant développer une technique propre et singulière d’impression photographique permanente sur les peaux. Ces peaux sont elles-mêmes imbibées de l’esprit d’un voyage singulier au Maroc où j’étais allé les collecter et les faire traiter à Fès selon des procédés traditionnels. L’itinéraire de ces peaux soigneusement tannées mêle le nomadisme du passé au monde des aéroports et des autoroutes, comme pour nous dire que la mémoire est toujours appelée à voyager…
    (…) Les portraits capturés sur les peaux témoignent d’une approche curieuse, les nervures et les veines de la peau se mêlant à l’impression des visages comme pour imposer une autre dimension. La lumière devient le révélateur d’une perspective qui traverse le temps, le quotidien s’inscrit dans une trame archéologique et énigmatique.»

     

    Lauréat du CEAAC / Bourse de la Ville de Strasbourg, 2000

     

    « Dans ses travaux des cinq dernières années, Mohammed El Mourid a par exemple utilisé en plusieurs circonstances des peaux de chèvres, employées au sud de la Méditerranée à des usages aussi divers que la confection d’oeuvres – pour la conservation et le transport de l’eau, si précieuse sous ces climats – et d’instruments de musique à percussion. Animé par un esprit proche de l’Arte Povera, Mohammed El Mourid s’est attaché dans diverses oeuvres à mettre en évidence les qualités sensibles de ce matériau, tantôt souple, tantôt tendu à la limite de la rupture, son odeur, sa douceur au toucher, ses virtualités sonores, et sa lente dégradation puisqu’il n’a pas été tanné, n’étant pas cette fois destiné à une utilisation traditionnelle. Il s’agissait en effet de faire ressentir la proximité de ce matériau avec la vie : aussi bien celle de l’animal tué, celle des hommes qui s’en servent pour leur musique ou leur survie et, bien sûr, celle de l’artiste.

    Ce désir de proximité avec la vie riche d’énergie, d’échanges, de contacts mais dont les processus organiques sont orientés vers une fatale disparition est une des caractéristiques essentielles de l’art de Mohammed El Mourid, plus particulièrement dans sa relation au temps qui inscrit dans l’oeuvre une part d’invisibilité – une action filmée en vidéo lors de l’inauguration du Musée d’art moderne était passée presqu’inaperçue lors de son déroulement – prémonitoire de la plus ou moins rapide dégradation des matériaux utilisés à dessein dans sa réalisation. »

    Paul Guérin, 2000