Danièle SCHIFFMANN

    Prix de la Région Alsace, 2001

    Née en 1943
    Vit et travaille en Alsace

    « L’Ephéméride de la Dame Guêpe-Triton des Montagnes :

    Le double totem est l’union de la Dame Guêpe et du Triton des Montagnes. Association de caractéristiques animales remarquables. Célérité aérienne incisive et couleurs frappantes pour la Guêpe, vitalité tonique du plaisir amphibie des torrents glacés aux coloris subtils pour le Triton des Montagnes. Cette métaphore permet d’appréhender le travail de Danièle Schiffmann et ce qu’il met en jeu: l’eau, l’air, leurs sucs et le geste. Mieux que ne le fait la classification dans les catégories établies, qui s’avère malaisée, du moins réductrice. Peinture ? Papier ? Peinture-papier ? Papier-peinture ?

    Danièle Schiffmann travaille avec beaucoup d’amour à collecter des papiers ainsi que des fibres de différentes couleurs, densités et textures, qu’elle amasse en vue d’un usage futur et médité. Le moment venu, ces papiers de toutes origines et de toutes conditions, papier Arches noir, de soie, d’emballage ou papiers cérémoniels chinois recouverts de brillante imitation de feuille d’or sont déchiquetés et broyés avec de plus ou moins grandes quantités d’eau fraîche. Moulinés en pulpe.

    Le papier, désagrégé dans l’eau, redevient un mucilage coloré, une matière première revitalisée, brassée à pleins bras nus par Danièle Schiffmann, qui y transfère une grande énergie et dont, en retour, elle tire sa jouvence, la pulpe.

    La pulpe est son matériau, à l’origine du fond de l’oeuvre et de sa forme support, support et forme se constituant en même temps, d’un seul geste, en laisse d’une marée lorsque la mer se retire.

    Du même élan, succède au travail de Triton, brassage amphibie sur la terrasse en plein air, la chorégraphie de la Guêpe, qui puise aux bacs la matière avec laquelle elle fait son nid. Pulsant à gestes puissants et précis la pulpe sur un tamis, projetant l’eau chargée de cellulose en un insaisissable ballet aérien. Une action-fleuve.

    Danièle Schiffmann construit son oeuvre à grands flux, la pulpe reste prisonnière de la surface du tamis, l’eau s’écoule, la pellicule de papier se forme, le dessin et la forme se révélant en même temps que le support une fois l’eau évaporée.

    La  » feuille » du jour rejoint la précédente, autant de jours sur un même mur, éphéméride d’une création plastique qui puise dans l’eau vive sa chair même. Et dans laquelle Danièle Schiffmann se replonge bien vite. »

    Christophe Meyer