Projet photographique / Odds and ends

    Littéralement, Odds and Ends désigne les choses qui trainent, ces objets qui n’ont trouvé leur place nulle part et qui restent à la fin d’un déménagement ou après un départ. Sous ce titre Marie Quéau réunit des images de provenances diverses, qu’elle organise en une histoire immobile et muette. […] Les photographies jouent de ce qui leur échappe, leur choix et leur rapprochement dessinent les contours de ce qui manque. Ce qui est arrivé ne peut être montré. Nous sommes contraints de déduire, à partir de ce qui nous est donné à voir, l’étendu de la catastrophe.[…] La construction du travail joue avec les figures de la Science-fiction, l’artiste y puise des tropes qu’elle déplace dans le champ photographique. Elle joue avec la frange la plus radicale de la SF, celle qui délaisse les accessoires spectaculaires, vaisseaux spatiaux et civilisations extra-terrestre, pour s’intéresser aux paradoxes du monde présent. Dans la plupart des cas, il n’y a souvent au départ qu’une très légère distorsion. C’est cette distorsion, amplifiée et menée à son terme qui sert de base à un exercice de pensée sur le monde. Nulle surprise que les périodes d’or du genre coïncident souvent avec celles où l’incertitude scientifique et politique se fait la plus forte.[…]Loin d’être un handicap, les seuls moyens de l’image amplifient la puissance narrative à l’œuvre. C’est dans des lieux sans qualités que se joue la bascule dans un futur qui nous échappe déjà. Nul besoin de montrer l’inimaginable quand nous ne parvenons pas déjà à penser ce qui est sous nos yeux… Ces lieux et ces techniques qui fondent nos existences urbaines se retrouvent dans les images d’Odds and Ends. L’homme, devenu un élément secondaire de ces dispositifs, semble s’être absenté laissant la technique et la nature se fondre à nouveau l’une dans l’autre. […]Nous sommes devant les images comme devant les preuves d’une chose qui nous dépassent. L’artiste maintient pourtant un lien au sujet, une légende claire de ce qui arrive à l’image. Ce n’est pas pour en amoindrir l’effet, mais au contraire pour signifier que c’est du présent dont il est question. Ce qu’il en restera est peut-être déjà visible, déjà là, dans les arrière-cours, au bout des pistes d’aéroports, des objets déjà prêts pour être les ruines d’un futur qui approche.

    Extrait du texte de Nicolas Giraud, Le paysage d’après, 2016