Clara Denidet

    Née en 1991, vit et travaille à Strasbourg.

    « L’intérêt que je porte à ce que l’objet dit, m’enseigne des choses.
    C’est une forme d’attention décentrée qui s’applique à débusquer cette capacité de «faire avec».
    Loin de l’issue résignée, l’acte de composer, de bricoler tient du magique*.
    Quand il est employé à faire ce pourquoi il n’a pas été prévu, à être ce qu’il n’est pas, quand il devient un symbole, un outil, un langage ou un témoin, quand il est transmis, usé, transformé, l’objet est une prise.
    Se pencher sur l’objet, c’est une manière discrète d’étudier ses usagers.
    Chacun déploie face au chaos une foule de tactiques quotidiennes, habitudes et rites qui fondent nos manières d’habiter un environnement. (La construction d’une charpente solide comprend le fait de «toucher du bois».)
    Mon travail tient autant de la recherche anthropologique que du bricolage empiriste.
    Je cherche dans la cohabitation de ces deux terrains des accès à ces savoirs internes et collectifs, ceux qui se logent dans l’usage de la langue, de l’objet, du quotidien…
    Ceux qui s’apprennent et se fabriquent. Le monde ordinaire, la micro-histoire devient un terrain de recherche où
    l’intuition se ferait outil de mesure, l’art une science exacte. Il s’agit aussi de présumer des liens entre les choses, de parier sur leurs échos comme on s’essayerait à jeter des sorts.
    * L’art s’insère à mi-chemin entre la connaissance scientifique et la pensée mythique ou magique;
    car tout le monde sait que l’artiste tient à la fois du savant et du bricoleur : avec des moyens artisanaux, il confectionne un objet matériel qui est en même temps un objet de connaissance.
    Claude Levi-Strauss, La pensée sauvage, 1962