Capucine Vandebrouck

    ALCHIMISTE DE LA MATIÈRE

     

    Alchimiste de la matière, apprentie sorcière moderne, Capucine Vandebrouck transforme et altère notre perception du monde et des objets qui nous entourent. Floutant le réel pour le rendre paradoxalement plus net à nos sens, elle développe un vocabulaire formel simple et épuré, qui donne souvent la sensation de passer de l’autre côté du miroir. En effet, les œuvres de Capucine Vandebrouck procurent une fascination troublante : devant ces formes de plâtre aussi épaisses que des feuilles de papier, comme en lévitation, ou face à ce paysage de neige immaculé, qui se remplit petit à petit d’une fumée colorée, aussi étrange que volatile, devant ce mur de résine qui semble couler à l’infini… une magie latente s’immisce pour nous faire douter de la nature des objets. Pourtant pas de truc ni de tour de passe-passe. Tout est là, à nu, dans le « désert du réel » ¹. Entre la puissance de l’imaginaire que convoquent ses œuvres, et le réel que le corps perçoit, Capucine Vandebrouck crée une tension jubilatoire. Par divers jeu de simulacres, d’inversions et de retournements, c’est la

    mesure de notre regard qu’elle rend soudain tangible. Par ailleurs, l’impermanence, la fragilité et le potentiel de destruction que les œuvres contiennent dans leur processus de fabrication, sont récurrents dans le travail de l’artiste qui affectionne cette maîtrise aléatoire propre à l’expérimentation. Capucine Vandebrouck met à l’épreuve divers matériaux (béton, résine, pvc, plâtre, papier, plastique…) et les étire aux limites de leurs possibilités, parfois au bord de la rupture. Dans le cadre de la résidence à Lindre-Basse elle s’immerge dans le paysage du Parc Naturel Régional de Lorraine et convoque une de ses particularités historiques, liée à l’extraction et à l’exploitation du sel. Elle met ainsi à profit sa résidence pour tester de toutes les manières possibles ce matériau atypique, qu’elle détourne de son usage initial, pour le transformer en paysages aux allures spectrales, tout en faisant d’une ressource qui a façonné le territoire, la matière d’un paysage intérieur.

     

    Texte rédigé par Marie Cozette, suite à la résidence de Capucine Vandebrouck à la Synagogue de Delme en 2014.

    [1] Ce sont par ces mots que le personnage principal du film Matrix est accueilli dans le monde « réel ».